Entendre le silence
A propos de cette cagnotte
Bonjour à tous,
Je vous avais invités à embarquer avec moi sur ma galère.
Elle était belle, elle flottait encore, même si elle tanguait dangereusement.
Aujourd’hui, je dois être honnête : la galère prend l’eau de toutes parts.
Cette galère s’appelle entrepreneuriat.
Elle promet le large, l’horizon, la liberté.
Mais à force de ramer sans relâche, sans vent favorable, sans secours à l’horizon, la coque s’est fendue.
Cela fait maintenant trois ans.
Trois ans de lutte.
Trois ans à écoper, à refuser de lâcher la barre.
Et puis la tempête est devenue trop forte.
Le surendettement.
Les factures qui s’accumulent.
Aujourd’hui, grâce à la trêve hivernale, nous avons de nouveau de l’électricité.
Mais ce n’est qu’un sursis.
Un bateau maintenu à flot quelques semaines de plus, sans certitude sur demain.
Et puis il y a eu l’impensable.
Faute de moyens, faute de stabilité, faute de pouvoir leur offrir le minimum vital,
nos enfants ne peuvent plus vivre avec nous.
C’est sans doute la plus violente des tempêtes. Il n'y a pas de mots pour décrire cette douleur. Entendre le silence à bord, continuer à flotter mais à vide.
Quand on réalise que le bateau n’est plus assez sûr pour ceux qu’on aime le plus au monde.
Quand, pour les protéger, on est obligé de les faire monter sur une autre embarcation, en espérant qu’elle résistera mieux que la nôtre.
Les rares moments que nous passons encore avec eux sont devenus douloureux.
Pas de loisirs.
Pas de sorties.
Pas de petit plaisir partagé.
Pas même une gourmandise anodine.
Ces instants devraient être des respirations.
Ils ne sont plus que privations et frustration.
Et le cœur se serre quand on voit l’incompréhension dans leurs yeux, quand on doit dire non, encore, toujours.
Je ne demande pas une vie de luxe.
Je ne demande pas le grand luxe.
Je demande juste de pouvoir réparer ce bateau.
De colmater les brèches.
De remettre un peu de chaleur à bord.
Et, un jour, de pouvoir dire à nos enfants :
« Vous pouvez rentrer. C’est de nouveau sûr. »
Je ne suis pas ici pour susciter la pitié.
Je raconte simplement la réalité, telle qu’elle est aujourd’hui.
Si vous avez la possibilité de nous tendre une rame,
une voile,
ou même simplement un seau pour continuer à écoper un peu plus longtemps,
sachez que chaque geste compte plus que vous ne pouvez l’imaginer.
Merci à ceux qui prendront le temps de lire.
Merci à ceux qui seront là, d’une manière ou d’une autre.
On vous aime.
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Merci à tous.