PMI
Signataires
Prochain objectif
A propos de cette pétition
Monsieur Le Président, nous souhaitons partager avec vous des préoccupations certainement communes.
Aujourd’hui 7 crèches ont fermé leurs portes, parfois dans des conditions d’une grande violence (personnel et familles mises devant le fait accompli). 1 Pmi a été fermée en janvier 2026, 2 autres vont fermer dans un avenir proche mais pour être regroupées en une seule, un EDS a été regroupé à Villejuif, amenant deux équipes à être rassemblées dans un même lieu, ce qui impacte forcément les modalités de travail.
Alors même que la mortalité infantile est en augmentation, (liée à une hausse des facteurs de risques pendant la grossesse mais aussi aux ruptures et aux fragilités sociales), qu’un projet de lutte contre la dépression périnatale a été mis en place (vis-à-vis de laquelle les psychologues de PMI ont été formés pour sa prise en charge), nous observons un recul de la qualité de l’accueil en crèche, et la fermeture de PMI. Pourtant ces structures sont des lieux privilégiés dans lesquels les missions de prévention, de dépistage et d’accompagnement sont menées.
Un projet de lutte contre les violences intrafamiliales et conjugales a été mené après la période du COVID à l’échelle nationale. Nous savons que les lieux d’accueil comme la PMI et les crèches sont des espaces privilégiés pour repérer les facteurs de risque et accueillir les paroles des personnes en difficultés. Si le nombre de ces lieux se restreint, alors le travail de prévention s’amenuise, ayant pour conséquence l’impossibilité d’intervenir auprès de ces situations avant qu’elles ne se dégradent jusqu’à leur nécessaire prise en charge en protection de l’enfance. Or, celle-ci est déjà, comme vous le savez, embolisée par des situations critiques qui ne peuvent être traitées dans un délai légal.
Malgré les efforts mis en place par les professionnels depuis plusieurs mois en protection de l’enfance, tant au niveau départemental que national, le constat d’un fossé encore très important sur le terrain reste d’actualité. Maintenir ces efforts, les consolider paraît absolument nécessaire. Et ce, sans baisse de moyens humains du côté de la Protection de l’Enfance comme de la Prévention. Cela nous semble un constat important toutes fonctions confondues. Nous n’oublions pas nos collègues médecins qui, consultation après consultation traitent non seulement du médical mais aussi de catastrophes sociales ayant un impact sur chaque professionnel.
De manière concomitante, les formations ainsi que certains groupes d’analyse de la pratique sont également restreintes, ne permettant plus de réfléchir sur nos pratiques.
Des dispositifs et plateformes de soins extérieurs sont créés à l'échelle nationale, par exemple dans le cadre de la prise en charge du nombre important des troubles du neurodéveloppement, comme une solution. Or, pour orienter vers ces structures, il faut déjà pouvoir repérer ces troubles et leurs origines, permettant de poser l’indication d’une orientation au plus près des besoins de l’enfant. Ce repérage est précisément une des missions premières dévolues à la PMI mais aussi aux crèches, structures qui sont actuellement sans aucun psychologue.
Il en est de même pour la multiplication des troubles de l’attachement, pour lesquels des protocoles d’accompagnement tels que « PANJO », « Petits pas grands pas » viennent juste de se mettre en place. Malgré la formation de grand nombre de professionnels à l’utilisation de ces outils, nous observons un certain empêchement à la mise en place sereine de ce travail dans lequel nous sommes tous pourtant profondément engagés, dû peut être à l’embolisation de notre temps par d’autres situations bien plus complexes.
Rappelons donc que nous sommes en première ligne de toutes ces problématiques de préventions, de risques de dépressions, négligences, maltraitances, isolements, mortalités, troubles etc…
Ainsi, faire de la prévention, c’est travailler en amont des mesures de protection de l’enfance puis en articulation si tel est le besoin. En effet, au vu du nombre important d’informations préoccupantes que les professionnels de prévention sont amenés à faire, de la temporalité de prise en charge de ces dernières et des délais trop importants de mise en place des AED, comment pouvons-nous penser notre travail, l’efficience de ce dernier, et la société de demain ?
Il est fondamental de préserver la prévention en vue d’alléger les mesures de protection sinon de les éviter !
En tant que chef de file de la protection de l’enfance, nous imaginons bien, Monsieur le Président, que votre analyse autour de ces questions est tout aussi pertinente que la nôtre. Il nous est impossible d’imaginer une non-préoccupation de votre part autour de toutes ces questions qui nous mobilisent tous, en tant que professionnels mais aussi citoyens tournés vers le monde de demain, celui des enfants en devenir adultes.
Nous entendons les difficultés budgétaires auxquelles le Département doit faire face, mais faire des économies sur la prévention n’est-ce pas oublier ce qui se joue dans la petite enfance pour l’avenir ?
Il en va de notre responsabilité professionnelle de vous alerter sur les conséquences de ces choix auprès des plus vulnérables, de ceux qui n’ont pas la parole et dont le bon développement nécessite l’effort de tous : les enfants.
Le redéploiement des professionnels, sur des structures plus éloignées des usagers, fussent-ils aussi nombreux, n’en reste pas moins problématique pour les enfants et leurs familles.
Une mère qui ne sait pas lire une ordonnance, ou qui n’a pas les moyens psychiques ni financiers de se déplacer, un père qui ne sait pas reconstituer un antibiotique, une femme victime de violences conjugales, une jeune mère qui vient d’accoucher, ou encore une famille hébergée à l’hôtel, autant de situations quotidiennes qui échapperont à notre vigilance et notre capacité d’accompagnement dès lors qu’ils n’auront plus les moyens de nous trouver là, à proximité, proches de leurs lieux d’habitations et de leurs difficultés.
La proximité n’est pas un luxe, elle est une nécessité essentielle à nos métiers mais surtout aux familles.
La charte des droits de l’enfant est exigeante, elle nous oblige à soutenir les familles, à maintenir des lieux d’accueils de qualités. La charte des droits de l’enfant n’est pas une option qui se soumet à des décisions budgétaires, elle nous impose disponibilité, cadre et rigueur dans nos lieux d’accueils. La charte du droit de l’enfant consolide le bien-être de la santé mentale des jeunes de demain, elle protège l’enfant de la violence institutionnelle, relationnelle, familiale.
Toutes ces mesures prises, qui semblent tournées en partie vers une réduction budgétaire, impactent la population mais pas seulement…
Alors qu’un investissement indéfectible faisait partie de notre identité professionnelle, nous sommes témoins d’une fatigabilité importante de grand nombre de professionnels faisant partie du pôle Solidarités. Cette fatigabilité dans le pire des cas aboutit à un désinvestissement et un désengagement de nos missions premières. Certains professionnels quittent la collectivité avec le sentiment de laisser derrière eux une machine qui se déshumanise. Alors en effet, comment pouvons-nous accompagner, aider, recevoir, contenir, si nous ne sommes pas écoutés, reçus, contenus, entendus ?
Le rapport GOLLAC de 2011, met en exergue les axes des risques psycho-sociaux, et souligne la responsabilité de l’employeur (public ou privé) dans leur prise en compte :
-exigences du travail, c’est-à-dire succinctement, l’intensité et la complexité de ce dernier.
-exigences émotionnelles, c’est-à-dire succinctement, les relations avec le public, le contact avec la souffrance, la peur, le devoir cacher ses émotions.
-les relations au travail, c’est-à-dire succinctement les relations entre collègues et avec la hiérarchie.
-les conflits de valeurs, c’est-à-dire succinctement les conflits éthiques auxquels nous pouvons être confrontés quotidiennement.
-l’insécurité au travail, c’est-à-dire succinctement la soutenabilité du travail (pouvoir exercer son métier sur un long terme et dans les mêmes conditions), les fusions, les réorganisations, les délocalisations
Les professionnels semblent aujourd’hui être touchés par toutes ces questions, sans que cela ne soit seulement lié aux conditions nationales et internationales que nous traversons tous.
Alors Mr le Président, notre désir est de vous sensibiliser, partager avec notre employeur nos préoccupations importantes, obtenir de ce dernier des solutions pérennes et cohérentes en partant de la base c’est-à-dire du terrain, se sentir tous investis des responsabilités légales et pénales qui potentiellement nous incombent à divers niveaux, vous-même représentant le niveau supérieur de ces dernières…
Le collège des psychologues
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Merci à tous.